Gestion Privée :

Le Private Equity va-t-il se substituer à la gestion d'actif côtés ?

3min

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Damien Herlin

30 ∙ septembre ∙ 2019

Retrouver l'interview de Damien Herlin, associé chez Elae Capital, qui nous apporte sa vision du Private Equity. Cette interview vous permettra de comprendre en quoi consite le Private Equity, a qui cela s'adresse ainsi que les potentielles évolutions de cette pratique. 

Damien, vous conseillez l’offre private equity au sein du groupe Elaé Capital, pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le private equity ?

Le private equity regroupe les investissements dans des sociétés non cotées qui veulent financer leur développement - ou un projet - par un apport de capitaux. Il n’y a pas de marché réglementé, c’est du gré à gré. L’investisseur s’engage, généralement, pour plus de 5 ans. 

Historiquement, cette classe d’actifs présente une volatilité moindre et une meilleure performance sur le long terme que celles des marchés boursiers (à fin 2018, TRI annuel moyen de 11,2% sur 15 ans, contre 5,9% pour le CAC dividendes réinvestis – source France Invest). 

Elle se caractérise par un niveau de risque élevé, un manque de liquidité et de très bons rendements – on peut aller jusqu’à doubler ou tripler son investissement en 5 à 7 ans. Le potentiel de gain est très élevé mais le niveau de risque l’est tout autant ; nous sommes donc très attentifs aux clients à qui nous proposons ce genre d’investissement. 

Parmi vos clients, qui cela intéresse-t-il ?

Les clients privés qui recherchent un complément à leurs supports d’investissement traditionnels et/ou qui s’intéressent à la vie des entreprises.  

J’ajoute que c’est un outil idéal pour le client qui a vendu sa son entreprise et qui se trouve en report de plus-values. On peut, en effet, trouver des dossiers éligibles à l’article 150 OB Ter du CGI, selon lequel le report de plus-values n’est valable que si on investit 50% de la somme que l’on a retirée dans les deux ans (avec quelques critères de sélection). Investir de cette façon dans des parts d’une ou plusieurs société(s) est donc un bon moyen pour le cédant de ne pas repasser par la case impôts.

« clients privés » dites-vous… Privés, cela veut dire riches ? 

Etant donné le niveau élevé du ticket d’entrée, il est clair que ce type de placements, n’est pas pour tout le monde.  

Nous attachons une grande importance à la conformité et à la réglementation. Nous nous devons parfois de freiner des clients pour qui ce type d’investissements pourrait représenter une part significative de leur patrimoine. Nous ne parlons donc de nos offres private equity qu’à ceux qui ont la surface financière nécessaire. Néanmoins, certains de nos partenaires permettent l’accès à leurs fonds dès 100.000 euros et, dans ce cas, nous sommes très heureux de les présenter à des clients qui ne pensaient pas pouvoir y souscrire.

Justement, pour souscrire, comment fait-on ?

Nous vous proposons - via nos partenaires spécialisés dans le private equity - des deals en direct et/ou via des FPCI de co-investissement.

Quelle est la différence ? 

Investir via un fonds est moins risqué, plus « abordable » et parfois, cela peut même être fiscalement plus intéressant.

en direct

Le client investit dans une seule société. Le risque est donc plus important. Il n’y a pas de durée minimum de détention mais s’il souhaite sortir avant l’échéance (5 ou 7 ans, généralement), il aura du mal car il sera difficile de trouver un acheteur. 

La fiscalité est semblable à celle des actions en direct. Le ticket minimum est de 500.000 ou 1.000.000 d'euros.

via un FPCI (fonds prossionnel de capital investissement)

Le client investit dans plusieurs sociétés à travers un fonds qui contient 15 à 20 lignes différentes, comme, par exemple, un dossier dans l’agro-alimentaire en Allemagne, un autre dans le BTP en Espagne, un troisième dans l’automobile en France, etc. Le fonds étant diversifié en terme de secteurs, de tailles, de géographie, de gérants…, le risque est donc moindre pour l’investisseur. 

La fiscalité est intéressante, les plus-values générées étant exonérées sous réserve de détenir les parts pendant au moins 5 ans. Le ticket minimum est de 100.000 eur (imposé statutairement).

Le private equity a le vent en poupe en ce moment. Mode ou tendance de fond ? 

Effectivement, le private equity est en plein essor depuis quelques années.  

De plus en plus de sociétés financent leurs projets de développement par la dette. Elles profitent du niveau très faible des taux, certes, mais ce n’est pas la seule raison. Beaucoup ne veulent pas être cotées. Elles préfèrent avoir un gros actionnaire qui les aide à se développer sur la durée (logique de gestion d’entreprise) qu’une multitude de petits uniquement préoccupés par le cours de l’action (logique financière). Elles n’ont pas forcément tort… 

Dans le même temps, les banques centrales ont inondé le marché de liquidités et de nombreux gros investisseurs (fonds de pension, grandes fortunes) ont cherché à se diversifier. Beaucoup de cash est donc arrivé sur le marché.  

Les investisseurs, quant à eux, ont été attirés par les très bons rendements de ces supports qui ont bénéficié de la forte volatilité et des contre-performances des marchés actions.  

Il semble aussi qu’ils fassent plus confiance à ces fonds d’investissement qu’aux analystes boursiers pour repérer les bonnes entreprises.  

Il faut dire que les critères de sélection sont particulièrement élevés. Pour exemple, notre principal partenaire : sur 100 (déjà très bons) dossiers qui lui sont présentés, il n’en sélectionne que 4. Et ce, après avoir tout analysé, du business model à l’équipe en place, en passant par la structure de la société, etc… 

Ce qui rassure, également, c’est que les sociétés de private equity qui sélectionnent une entreprise s’obligent à y investir leurs propres deniers. 

La société change, le comportement des clients aussi. Aujourd’hui, ils recherchent des investissements qui aient un sens et ils souhaitent revenir à la base : investir dans une entreprise sur des considérations microéconomiques. Et c’est une tendance de fond.

Donc le Private Equity pourrait supplanter la bourse ?

Je ne crois pas. Même s’il continue à se développer dans le futur, et pour les raisons que nous avons évoquées. Mais le manque de liquidité et le ticket d’entrée élevé font que cela restera un produit de diversification pour happy few. 

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A propos de l'auteur

Damien Herlin

Après des études d’Histoire à Angers, Damien Herlin participe à la distribution de contrats d’assurance-vie luxembourgeois sur l’ouest de la France. Fort de cette expérience, il intègre un Master en Gestion de Patrimoine au CFPP de la FACO à Paris. En parallèle, il rejoint, en 2007, le Cabinet Ascot Finance, aujourd’hui filiale du groupe Elaé. Damien Herlin dirige le bureau Elaé de Nantes.

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